# Vérifier l’inscription au registre du commerce avant de signer un devis

La signature d’un devis engage juridiquement les deux parties dans une relation contractuelle qui peut représenter des milliers, voire des dizaines de milliers d’euros. Pourtant, selon une étude de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), près de 15% des litiges commerciaux en France impliquent des entreprises dont l’existence légale pose problème. Avant de parapher le moindre document commercial, vous devez impérativement vérifier l’inscription de votre futur prestataire au registre du commerce et des sociétés. Cette démarche préventive constitue votre première ligne de défense contre les arnaques, les entreprises fantômes et les professionnels peu scrupuleux. Un simple contrôle de quelques minutes peut vous épargner des mois de procédures judiciaires et des pertes financières considérables.

Le registre du commerce et des sociétés (RCS) : vérification obligatoire de l’immatriculation

Le registre du commerce et des sociétés représente la base de données officielle recensant toutes les entreprises commerciales françaises. Géré par les greffes des tribunaux de commerce, ce registre public constitue la référence incontournable pour authentifier l’existence légale d’une société. Toute entreprise exerçant une activité commerciale doit obligatoirement y figurer sous peine de sanctions pénales. Cette inscription confère une personnalité juridique à l’entité, lui permettant de contracter, d’ester en justice et de disposer d’un patrimoine distinct de celui de ses dirigeants.

Lorsque vous recevez un devis, le document doit obligatoirement mentionner le numéro d’immatriculation au RCS, composé de la mention « RCS », suivie du nom de la ville du greffe d’immatriculation et du numéro SIREN à neuf chiffres. Cette mention légale n’est pas optionnelle : son absence constitue un manquement aux obligations d’information précontractuelle et doit immédiatement éveiller votre vigilance. En 2023, plus de 4,2 millions d’entreprises étaient inscrites au RCS, témoignant de l’ampleur du tissu économique français et de l’importance de ce registre comme outil de traçabilité et de transparence commerciale.

Consultation du kbis via infogreffe pour authentifier l’entreprise

L’extrait Kbis représente la carte d’identité officielle d’une entreprise commerciale. Délivré exclusivement par le greffe du tribunal de commerce, ce document certifie l’existence juridique de la société et regroupe l’ensemble des informations la concernant. Pour obtenir un Kbis, vous pouvez consulter le site Infogreffe.fr, plateforme officielle des greffes des tribunaux de commerce français. La consultation vous coûtera environ 3,96 euros pour un document numérique, un investissement dérisoire comparé aux risques encourus en cas de collaboration avec une structure illégitime.

Le Kbis se met à jour en temps réel et reflète la situation exacte de l’entreprise au moment de sa délivrance. Il mentionne notamment toute procédure collective en cours (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire), information cruciale que vous devez absolument vérifier avant d’engager des fonds. Un Kbis datant de plus de trois mois perd de sa pertinence, car la situation de l’entreprise peut avoir évolué. Exigez systématiquement un extrait récent de votre futur partenaire commercial, et n’hésitez pas à en commander un vous-même directement auprès du greffe pour garantir son authenticité.

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Numéro SIREN et SIRET : décryptage des identifiants légaux

Au-delà de la simple mention « RCS + ville », le devis doit faire apparaître au minimum un numéro SIREN, et le plus souvent un numéro SIRET. Ces deux identifiants sont attribués par l’INSEE et permettent de tracer l’entreprise dans tous les fichiers administratifs. Le SIREN comporte 9 chiffres et identifie la personne morale (la société) ou la personne physique (l’entrepreneur individuel) en tant qu’entité juridique. Le SIRET, lui, se compose du SIREN suivi d’un NIC à 5 chiffres, qui désigne un établissement précis (siège social, agence, atelier, etc.).

Pourquoi devez-vous vérifier ces numéros avant de signer un devis de travaux ou de prestation de services ? Parce qu’ils sont la clé de toutes vos recherches : en les saisissant sur des sites comme infogreffe.fr, pappers.fr ou annuaire-entreprises.data.gouv.fr, vous accédez à l’ensemble des informations légales de la structure. Un numéro SIREN erroné, incomplet ou qui ne correspond pas au nom commercial indiqué sur le devis doit immédiatement vous alerter. De la même façon, l’absence de SIRET pour un artisan censé intervenir chez vous est un sérieux signal d’alarme.

Concrètement, prenez l’habitude de comparer les informations figurant sur le devis avec celles trouvées dans les bases officielles : raison sociale, adresse, forme juridique, code NAF. En quelques minutes, vous pouvez démasquer un devis émis avec un ancien SIRET radié, un numéro usurpé ou une entreprise qui n’est plus en activité. C’est un peu comme vérifier la plaque d’immatriculation d’un véhicule avant de l’acheter : vous ne vous contenteriez pas de faire confiance sur parole au vendeur, n’est-ce pas ?

Validation de la forme juridique : SARL, SAS, EURL ou auto-entrepreneur

La forme juridique de l’entreprise n’est pas un simple détail administratif : elle conditionne la responsabilité du dirigeant, la solidité financière présumée et parfois le sérieux du projet. Sur le devis comme sur l’extrait Kbis, vous devez retrouver la mention « SARL », « SAS », « EURL », « SASU », « entreprise individuelle » ou « micro-entrepreneur ». Chaque statut implique un régime de responsabilité différent, ce qui peut avoir des conséquences directes en cas de litige ou de chantier abandonné.

Par exemple, une SARL ou une SAS possèdent un capital social et une personnalité morale distincte de celle du dirigeant. En cas de défaillance, vos recours se feront d’abord contre la société. À l’inverse, dans le cadre d’une entreprise individuelle ou d’un auto-entrepreneur, le patrimoine professionnel et le patrimoine personnel sont davantage imbriqués, ce qui peut compliquer l’indemnisation en pratique. Cela ne signifie pas qu’une micro-entreprise est systématiquement moins fiable, mais vous devez adapter votre vigilance à la taille et à la forme de la structure.

Avant de signer un devis important (rénovation complète, extension, construction), posez-vous une question simple : la forme juridique et la taille affichée de l’entreprise sont-elles cohérentes avec l’ampleur du chantier ? Confier un projet de 150 000 € à un auto-entrepreneur isolé n’a pas le même profil de risque que de travailler avec une société structurée disposant d’un capital conséquent et d’équipes en interne. Cette cohérence entre forme juridique, montant du devis et nature des travaux doit être l’un de vos critères de décision.

Contrôle de la date d’immatriculation et de radiation éventuelle

La date d’immatriculation au registre du commerce, visible sur le Kbis et les bases INSEE, vous renseigne sur l’ancienneté de l’entreprise. Une structure créée depuis 10 ou 15 ans, avec un historique stable, n’offre évidemment pas les mêmes garanties qu’une société fondée il y a trois mois. Là encore, ce n’est pas un critère éliminatoire en soi, mais une entreprise très récente doit vous inciter à redoubler de prudence, notamment si le devis représente un montant important ou si les travaux sont complexes.

Lors de vos vérifications, assurez-vous également qu’aucune mention de radiation n’apparaisse. Une société radiée n’a plus le droit d’exercer, et un devis émis sous son nom serait purement et simplement frauduleux. Méfiez-vous aussi des changements fréquents d’immatriculation, de transferts de siège social successifs ou de créations en chaîne de nouvelles structures par le même dirigeant : ces « sauts de puce » peuvent trahir une tentative de faire oublier des difficultés financières ou des litiges antérieurs.

En pratique, prenez quelques minutes pour consulter l’historique de l’entreprise sur Infogreffe ou Pappers : dates de création, modifications statutaires, éventuelles radiations puis ré-immatriculations. Un historique clair, lisible et continu est rassurant. À l’inverse, une succession de créations et radiations en peu d’années doit vous conduire à demander des explications… et éventuellement à chercher un autre prestataire si les réponses ne vous semblent pas convaincantes.

Extrait kbis et documents officiels : lecture approfondie des mentions légales

Une fois l’existence de l’entreprise confirmée, l’étape suivante consiste à analyser en détail l’extrait Kbis et les documents officiels fournis (statuts, attestations, justificatifs). Trop de particuliers se contentent de vérifier rapidement le nom et l’adresse, sans prêter attention aux autres rubriques pourtant riches d’enseignements. Or, lire un Kbis, c’est un peu comme lire un bilan de santé condensé de l’entreprise : chaque ligne vous apporte un indice sur sa fiabilité réelle.

Vous y trouverez notamment le capital social, l’identité des dirigeants, l’adresse du siège et des établissements secondaires, ainsi que les activités déclarées via le code NAF/APE. Ces éléments doivent tous être cohérents avec le devis que vous vous apprêtez à signer. Un décalage important entre ce que l’entreprise déclare officiellement et ce qu’elle vous propose dans son offre est souvent le signe d’un risque juridique ou d’une absence de compétences reconnues dans le domaine concerné.

Analyse du capital social déclaré et de sa cohérence avec le projet

Le capital social figure en bonne place sur l’extrait Kbis. Il s’agit du montant apporté par les associés au moment de la création (et éventuellement augmenté par la suite). Ce capital ne garantit pas à lui seul la solvabilité d’une société, mais il constitue un indicateur utile de son niveau d’engagement et de ses moyens initiaux. Confier un chantier à forte responsabilité (gros œuvre, structure, toiture) à une société au capital de 1 000 € ne présente pas le même profil de risque que de traiter avec une entreprise dotée d’un capital de 100 000 €.

La question à vous poser est la suivante : le capital social est-il cohérent avec le montant des devis que l’entreprise signe habituellement et avec la taille apparente de sa structure (équipe, matériel, parc de véhicules) ? Un capital très faible, combiné à des devis de grande ampleur, peut signifier que l’entreprise dispose de peu de « coussin » en cas de difficultés, ce qui augmente votre risque en cas de sinistre ou de chantier abandonné. À l’inverse, un capital plus important traduit souvent un investissement initial plus solide et une meilleure capacité à absorber les imprévus.

Gardez toutefois à l’esprit qu’un capital élevé ne suffit pas à lui seul à garantir la santé financière de l’entreprise : certaines sociétés gonflent leur capital pour rassurer leurs partenaires alors que leur trésorerie est fragile. C’est pourquoi il peut être pertinent, pour des montants significatifs, de compléter votre analyse par la consultation des comptes annuels déposés au greffe, voire par la demande de garanties supplémentaires (caution bancaire, garantie de livraison) lorsque c’est possible.

Vérification des dirigeants, gérants et représentants légaux

Le Kbis mentionne l’identité des personnes habilitées à engager la société : gérant de SARL, président de SAS, directeur général délégué, etc. Avant de signer un devis, vérifiez que le signataire du document a bien qualité pour engager la société. Un devis signé par une personne non habilitée pourrait poser problème en cas de litige, le prestataire pouvant tenter de contester la validité de l’engagement pris.

Cette vérification des dirigeants vous permet également de repérer d’éventuels « serial entrepreneurs » ayant déjà dirigé plusieurs sociétés placées en liquidation. En recoupant les noms sur les plateformes publiques, vous pouvez identifier un historique de défaillances répétées, parfois dans des secteurs identiques. Dans ce cas, la prudence s’impose : pourquoi la même personne ferme-t-elle régulièrement des structures pour en rouvrir de nouvelles dans la foulée ?

N’hésitez pas à poser des questions au professionnel sur la taille de son équipe, l’organisation interne et la répartition des responsabilités. Un dirigeant transparent n’aura aucune difficulté à vous expliquer qui fait quoi dans l’entreprise et à justifier son parcours. En revanche, des réponses floues ou évasives sur la gouvernance de la société doivent éveiller vos soupçons, surtout si le montant du devis est élevé.

Adresse du siège social et établissements secondaires enregistrés

L’adresse du siège social d’une entreprise n’est pas anodine. Une société domiciliée dans un centre d’affaires ou une boîte postale n’est pas forcément problématique, mais cela mérite une vérification complémentaire. À l’inverse, une adresse clairement identifiée comme un atelier, un dépôt ou des bureaux physiques inspire généralement davantage confiance. Un simple passage sur Google Maps ou Street View peut déjà vous donner un premier aperçu de la réalité du terrain.

Le Kbis signale également l’existence d’éventuels établissements secondaires. Cette information est intéressante car elle permet d’évaluer l’implantation réelle de l’entreprise : intervient-elle dans votre région via une agence locale, ou bien s’agit-il d’une structure centralisée très éloignée du chantier ? Travailler avec un prestataire implanté à proximité peut limiter les coûts de déplacement, faciliter les interventions de SAV et réduire les risques de retards liés à la logistique.

Dans certains cas, vous pouvez aussi découvrir qu’un devis émis avec une adresse locale correspond en réalité à un simple établissement secondaire, tandis que le siège social est situé dans un tout autre département. Là encore, ce n’est pas éliminatoire, mais cela doit vous inciter à bien clarifier qui sera responsable du chantier, quelle équipe interviendra sur place, et vers quelle entité vous tourner en cas de problème.

Activités déclarées (code NAF/APE) et compatibilité avec la prestation

Le code NAF/APE, attribué par l’INSEE, décrit l’activité principale exercée par l’entreprise. Vous le trouverez sur le Kbis, sur les factures et parfois sur le devis. Vérifier ce code est essentiel pour s’assurer que l’entreprise est bien déclarée pour le type de travaux qu’elle vous propose. Une société immatriculée pour des « travaux de maçonnerie générale » ou de « travaux d’isolation » sera en cohérence avec un devis de rénovation énergétique, mais pas forcément avec un devis d’installation de systèmes électriques complexes.

Que penser d’un devis de charpente émis par une entreprise dont le code NAF correspond à des « travaux d’installation de chauffage et de climatisation » ? Ce type d’écart n’est pas rare et peut traduire soit une diversification non déclarée, soit une absence de compétences reconnues dans le domaine. En cas de sinistre, l’assureur pourrait refuser sa garantie si l’activité à l’origine du dommage n’est pas couverte par le contrat, ce qui vous laisserait sans recours effectif.

En pratique, comparez toujours la description des activités déclarées avec la nature précise des prestations proposées dans le devis. Si vous identifiez un décalage, demandez des explications et exigez la preuve que l’activité correspondante est bien assurée (attestation d’assurance mentionnant explicitement cette activité). Il vaut mieux renoncer à un devis séduisant mais incohérent que de découvrir, trop tard, que l’entreprise n’était pas déclarée pour le chantier réalisé chez vous.

Détection des signaux d’alerte : procédures collectives et incidents juridiques

Vérifier l’inscription au registre du commerce avant de signer un devis ne se limite pas à confirmer l’existence de l’entreprise. Vous devez également vous assurer qu’elle n’est pas déjà en difficulté, ou placée sous le contrôle d’un tribunal de commerce. Travailler avec une société en redressement ou proche de la liquidation, c’est accepter un risque élevé de chantier interrompu, de malfaçons non réparées et de recours difficilement exécutables.

Heureusement, une grande partie de ces informations est publique. Grâce au BODACC, aux greffes des tribunaux de commerce et aux plateformes de diffusion des données légales, vous pouvez détecter les signaux faibles avant de vous engager. Quelques recherches ciblées vous permettront de répondre à une question cruciale : l’entreprise qui vous propose ce devis est-elle en capacité de mener votre projet à terme, dans de bonnes conditions financières et juridiques ?

Consultation du BODACC pour identifier redressements et liquidations judiciaires

Le Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales (BODACC) publie toutes les annonces relatives à la vie juridique des entreprises : créations, cessions de fonds de commerce, procédures collectives, plans de redressement, liquidations. En saisissant le numéro SIREN ou le nom de l’entreprise dans son moteur de recherche, vous pouvez vérifier si elle a fait l’objet récemment d’une sauvegarde, d’un redressement ou d’une liquidation judiciaire.

Un devis émis par une entreprise en liquidation judiciaire doit immédiatement être écarté : la société n’est plus en mesure d’exécuter les travaux, et vos éventuels paiements risqueraient de se perdre dans la procédure. Pour une entreprise en redressement, la prudence est également de mise : même si elle est autorisée à poursuivre son activité, sa situation reste fragile et la priorité sera parfois donnée au règlement des créanciers plutôt qu’à la bonne exécution des nouveaux chantiers.

La consultation du BODACC vous permet aussi de repérer des schémas récurrents : une même personne ou un même groupe peut être à l’origine de plusieurs structures ayant connu des défaillances successives. Cette « histoire cachée » apparaît dans les annonces et doit nourrir votre réflexion. Mieux vaut renoncer à un devis légèrement moins cher que de confier votre projet à une entreprise dont le passé financier est déjà constellé de procédures collectives.

Recherche d’interdictions de gérer et de sanctions administratives

Dans les cas les plus graves, certains dirigeants peuvent faire l’objet d’une interdiction de gérer prononcée par le tribunal de commerce ou par une juridiction pénale. Ils n’ont alors plus le droit de diriger, gérer, administrer ou contrôler une entreprise commerciale. Collaborer, même involontairement, avec une structure dirigée de fait par une personne frappée d’une telle interdiction vous expose à des risques considérables, notamment en matière de validité des actes et de continuité du chantier.

Ces décisions peuvent être mentionnées dans les jugements publiés au BODACC ou dans certaines bases juridiques accessibles au public. Par ailleurs, les sanctions administratives prononcées par la DGCCRF (pratiques commerciales trompeuses, fraude aux aides, démarchage agressif) font parfois l’objet de communiqués officiels ou d’alertes publiques. Une simple recherche en ligne du nom de l’entreprise ou de son dirigeant, associée à des mots-clés comme « fraude », « condamnation », « litige », peut déjà mettre en lumière des antécédents problématiques.

Si vous découvrez des informations de ce type, ne les négligez pas. Demandez au professionnel de s’expliquer clairement. En l’absence de réponse satisfaisante, changez de prestataire. Vous ne signeriez pas un contrat avec un conducteur dont le permis a été annulé pour conduite dangereuse ; il en va de même pour un dirigeant frappé d’une interdiction de gérer ou déjà sanctionné pour pratiques trompeuses.

Vérification des privilèges et nantissements au greffe du tribunal de commerce

Au greffe du tribunal de commerce, il est possible de consulter les inscriptions de privilèges et nantissements grevant le fonds de commerce de l’entreprise : hypothèques, gages, sûretés au profit de banques ou de fournisseurs. Ces inscriptions témoignent du niveau d’endettement et de la pression exercée par les créanciers. Une société lourdement grevée de sûretés peut avoir du mal à financer correctement de nouveaux chantiers ou à faire face à des imprévus.

Bien sûr, l’existence de nantissements n’est pas en soi anormale : beaucoup d’entreprises financent leur matériel ou leur trésorerie à l’aide de crédits garantis. Ce qui doit vous alerter, c’est l’accumulation d’inscriptions récentes et importantes, surtout si elles concernent des organismes de recouvrement ou des fournisseurs stratégiques (fournisseurs de matériaux, par exemple). Cela peut révéler des tensions de trésorerie ou des factures impayées.

Pour un particulier, il n’est pas toujours nécessaire d’entrer dans ce niveau de détail, sauf pour des projets de grande ampleur ou lorsque plusieurs signaux faibles se cumulent déjà (capital très faible, Kbis récent, rumeurs de difficultés). Dans ce cas, se faire accompagner par un conseil (avocat, expert-comptable, maître d’œuvre expérimenté) pour analyser ces éléments peut constituer un investissement judicieux, bien moindre que le coût d’un chantier laissé en friche.

Plateformes numériques et outils de vérification : infogreffe, pappers et société.com

La bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin d’être juriste ou expert-comptable pour vérifier l’inscription au registre du commerce avant de signer un devis. De nombreuses plateformes publiques ou privées centralisent les informations légales des entreprises et les rendent accessibles en quelques clics. Utilisées intelligemment, elles deviennent de véritables outils de prévention des litiges et des arnaques.

Infogreffe.fr reste la référence officielle pour l’obtention des extraits Kbis et la consultation des actes déposés au greffe. Pappers.fr et Societe.com, de leur côté, agrègent les données provenant de l’INPI, de l’INSEE et du BODACC pour proposer une vue d’ensemble : historique, comptes annuels, dirigeants, procédures collectives. Enfin, le portail annuaire-entreprises.data.gouv.fr permet d’accéder gratuitement à de nombreuses informations authentifiées par l’État.

Pour optimiser vos vérifications, adoptez une méthode simple : partez toujours du numéro SIREN indiqué sur le devis, saisissez-le sur au moins deux plateformes différentes, et comparez les informations obtenues. Les divergences (adresse différente, autre dirigeant, forme juridique inconnue) doivent être investiguées avant toute signature. En croisant les sources, vous limitez le risque d’erreur et vous renforcez considérablement votre capacité à repérer les sociétés éphémères ou mal intentionnées.

Assurances professionnelles et garanties décennales : validation des attestations

Vérifier l’immatriculation au RCS n’est qu’un premier volet de votre contrôle. Pour les travaux de construction ou de rénovation, une autre pièce du puzzle est tout aussi essentielle : les assurances professionnelles. En particulier, la garantie décennale et la responsabilité civile professionnelle conditionnent votre capacité à être indemnisé en cas de malfaçon, de dommage matériel ou de sinistre affectant l’ouvrage dans les dix ans suivant la réception des travaux.

Un devis sérieux doit mentionner clairement les références des assurances souscrites par l’entreprise : nom de la compagnie, numéro de police, période de validité. Ne vous contentez pas de ces mentions : exigez la remise d’une attestation d’assurance en cours de validité, idéalement à la date prévue de début des travaux. Vérifiez que le nom de l’entreprise et son numéro SIRET correspondent exactement à ceux figurant sur le devis et sur le Kbis.

Un point souvent négligé concerne l’adéquation entre les activités assurées et les travaux prévus. L’attestation de décennale liste les « activités garanties » : maçonnerie, charpente, couverture, plomberie, électricité, etc. Assurez-vous que le poste principal de votre devis figure bien dans cette liste. Si vous faites réaliser une toiture par une entreprise assurée uniquement pour des travaux de chauffage, l’assureur pourra refuser sa garantie en cas de désordre, même si l’entreprise est par ailleurs dûment immatriculée au RCS.

Conséquences juridiques d’un contrat signé avec une entreprise non immatriculée

Signer un devis avec une entreprise non immatriculée au registre du commerce, ou radiée au moment de l’émission du devis, n’est pas un simple détail formel : les conséquences juridiques peuvent être lourdes. En théorie, l’absence d’immatriculation constitue une infraction pénale et peut entraîner des sanctions pour le « faux professionnel ». En pratique, c’est surtout vous, client, qui risquez de vous retrouver sans véritable recours effectif en cas de problème.

En l’absence d’existence juridique claire, il devient difficile d’assigner l’entreprise en justice, de mettre en œuvre des garanties ou d’obtenir l’exécution forcée d’une décision de tribunal. Vous vous retrouvez face à une personne physique difficile à localiser, parfois insolvable, qui peut disparaître du jour au lendemain. Les acomptes versés sont alors souvent perdus, et la reprise du chantier par une autre entreprise entraînera des surcoûts importants.

De plus, collaborer avec une structure non déclarée peut aussi vous exposer indirectement à des risques en matière de travail dissimulé. En tant que client « donneur d’ordre », la loi vous impose un devoir minimal de vigilance dès lors que le montant de la prestation dépasse certains seuils. Ne pas vérifier l’immatriculation, ni demander les attestations sociales et fiscales, peut être retenu contre vous si l’administration découvre par la suite des fraudes ou du travail non déclaré.

Au-delà de l’aspect strictement juridique, travailler avec une entreprise non immatriculée signifie aussi renoncer d’emblée aux protections attachées aux assurances obligatoires (décennale, responsabilité civile professionnelle). En cas de dommage grave sur l’ouvrage ou sur des tiers, c’est votre propre patrimoine qui pourrait être sollicité. C’est précisément pour éviter ce type de situation que la première étape, avant toute signature, doit toujours être la même : vérifier l’inscription au registre du commerce et des sociétés et exiger des justificatifs à jour.